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L'expérience de l'Ermitage

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L'expérience de l'Ermitage

« Hualu, Ermitage sur Loire » est un jardin chinois ou plus exactement un jardin dans l’esprit du jardin chinois.

Son créateur, Che Bing Chiu n’a pas créé une copie d’un jardin chinois, il s’est inspiré de cette tradition pour créer ce jardin contemporain. Il offre un cheminement sinueux autour d’un plan d’eau.

Le promeneur suit le parcours, profite de haltes poétiques dans des abris légers plus ou moins formalisés, le regard suit des échappées soudaines ou profite d’ouvertures subtiles sur le miroir d’eau bordé d’une colline ; les plantes appartiennent au vocabulaire végétal asiatique traditionnel : érables, bambous, iris, lotus, nénuphars...

Aimanté par cette surface d’eau et de végétation, en contact direct avec la nature tout en étant subtilement protégé par une ombre légère, on cède inexorablement à l’envie de prendre le temps de la méditation, de se couler dans un autre rythme, de s’ouvrir à un autre rapport à la nature, au monde.
 

L'expérience de l'Ermitage
L'expérience de l'Ermitage
L'expérience de l'Ermitage
L'expérience de l'Ermitage
L'expérience de l'Ermitage
L'expérience de l'Ermitage

Les jardins de Chaumont-sur-Loire

Publié le par lignesdesuite.over-blog.com

L'archipel

L'archipel

Le Festival International des Jardins de Chaumont –sur-Loire

Un festival des jardins ! Des jardins, une fête. Les 26 parcelles offertes aux concepteurs se métamorphosent chaque année selon le thème proposé.

Chacune d’elles est un territoire autonome avec son récit, son évocation, son charme, ses inventions et, très souvent, on peut parler de sa poésie. Toutes ensemble, elles tiennent un propos, offrent une sollicitation au promeneur. « Jardins de collection, jardins extraordinaires » (2015), « Jardins des péchés capitaux » (2014), « Sensations » (2013), « Délices et délires » (2012), « Avenir et biodiversité » (2011), « Corps et âmes » (2010)... Les thèmes constituent tout une exploration d’approches possibles de la question des jardins, ils sont surtout un prétexte à s’abandonner à des promenades excitantes, enchantées.

Depuis peu, le Domaine propose aussi la visite du parc des « Prés du Goualoup ». Cet endroit offre notamment la visite de jardins issus des lointaines cultures asiatiques : « Carré et rond », « Hualu, Ermitage sur Loire », « Le jardin des nuées qui s’attardent », « Le jardin miroir », « Le jardin coréen », « Le jardin japonais (qui contient l'inoubliable Archipel de Shodo Suzuki (voir ci-dessous) ». Tout adjectif semblerait faible, épuisé pour évoquer ces lieux. Disons que s’y trouver est un moment de vie intense. Et puis encore, le parc historique du château accueille des œuvres pérennes ou temporaires. Puissantes, sensibles, légères, subtiles, enivrantes, des œuvres de Tadashi Kawamata, Patrick Dougherty, Rainer Gross, Vincent Barré, Giussepe Penone ou Christian Lapie, pour ne citer que ceux là qui me touchent particulièrement, côtoient les cèdres centenaires. Je visite ces jardins chaque année depuis 1997. J’en reviens toujours nourri de sensations et d’images fabuleuses. De quoi attendre patiemment les prochaines découvertes, la prochaine fête.

Les jardins de Chaumont-sur-Loire
Les jardins de Chaumont-sur-Loire
Les jardins de Chaumont-sur-Loire

Depuis peu, le Domaine propose aussi la visite du parc des « Prés du Goualoup ». Cet endroit offre notamment la visite de jardins issus des lointaines cultures asiatiques : « Carré et rond », « Hualu, Ermitage sur Loire », « Le jardin des nuées qui s’attardent », « Le jardin miroir », « Le jardin coréen », « Le jardin japonais (qui contient l'inoubliable Archipel de Shodo Suzuki (voir ci-dessous) ». Tout adjectif semblerait faible, épuisé pour évoquer ces lieux. Disons que s’y trouver est un moment de vie intense.

Et puis encore, le parc historique du château accueille des œuvres pérennes ou temporaires. Puissantes, sensibles, légères, subtiles, enivrantes, des œuvres de Tadashi Kawamata, Patrick Dougherty, Rainer Gross, Vincent Barré, Giussepe Penone ou Christian Lapie, pour ne citer que ceux là qui me touchent particulièrement, côtoient les cèdres centenaires. Je visite ces jardins chaque année depuis 1997. J’en reviens toujours nourri de sensations et d’images fabuleuses. De quoi attendre patiemment les prochaines découvertes, la prochaine fête.

"L'archipel" de Shodo Suzuky

"L'archipel" de Shodo Suzuky

Une star locale

Une star locale

Hautes heures

Publié le par lignesdesuite.over-blog.com

Hautes heures,

kiosque perdu dans les ronces,

frissonnement des feuilles,

suspension,

acceptation du désarroi.

Paroles amies

Publié le par lignesdesuite.over-blog.com

"Le sommeil de la raison engendre des monstres"

Goya

"Tout tableau, et surtout tout portrait, se situe au confluent d'un rêve et d'une réalité".

Georges Perec


« Le vrai miroir de nos discours est le cours de notre vie. » Montaigne

« On demandait à Socrate d’où il était. Il ne répondit pas : d’Athènes, mais : du monde. » Montaigne

Chronique de l'archipel des Antélizes

Publié le par lignesdesuite.over-blog.com

La chronique de l’archipel des Antélizes.

L’archipel des Antelizes est constitué d’une île principale appelée Majorine entourée d’îles plus petites appelées les Minorelles qui sont disposées, globalement, aux 4 point cardinaux de la première. Cet ensemble d’îles serait situé dans les basses latitudes de l’Atlantique nord. L’existence de cet archipel et la description de la vie en ce lieu a été évoquée dans les abondants fragments de textes écrits de la main d’un vieil homme qui se serait nommé Najdane El’Oidti. On ignore si ce nom est réellement un patronyme ou s’il s’agit d’un de pseudonyme ou bien encore d’un surnom. Il semble bien, en tout cas, que cet homme vivait retiré dans une petite bourgade de la côte occidentale du nord de l’Afrique, proche d’un comptoir portugais de la côte marocaine. On ne sait pas grand-chose de lui. Quelles sont ses origines ? Son identité est-elle exacte ? Fut-il négociant, navigateur, plus ou moins pirate ou naufrageur, un peu tout cela à la fois ? Ses écrits ont couvert un certain nombre de cahiers qui, a-t-on dit, constituaient une sorte de journal. On y trouva des récits, des comptes-rendus de conversations, des exposés divers : descriptions géographiques, observations ethnologiques ou encore des considérations plus ou moins claires et crédibles sur l’histoire de peuples rencontrés dans ses voyages. Ce vieil homme dit avoir recueilli les récits d’un couple de visiteurs, Antinor et Zeldane vivant dans cet archipel des Antélizes, qu’il rencontra à plusieurs reprises. A ses dires, ces deux personnes lui ont fait le récit d’éléments de leur vie en ce lieu, elles l’aurait vivement encouragé à leur rendre visite à Majorine. On ignore si cette visite se fit réellement. La description de la vie sur cet archipel, du moins ce qui nous en est parvenu, est apparemment bien documentée, elle prend la forme de récits regroupés en deux ensembles : la Chronique de Majorine et la Chronique des Minorelles. On ignore si cette description a vraiment pour origine le seul témoignage des visiteurs évoqués ou si elle est aussi le fruit d’autres récits aux sources multiples ou encore le compte-rendu de souvenirs personnels de l’auteur qui se serait rendu en ce lieu. Cela n’a jamais pu être éclairci.

Géographie.

C’est par la côte nord que l’île de Majorine s’aborde le plus aisément. Cette partie de la côte, fort rocheuse, abrite une ville portuaire située au débouché d’un estuaire très étroit au creux d’ une vallée encaissée qui rompt une gigantesque falaise défendue par des récifs aussi nombreux que dangereux. D’autant plus dangereux que la mer est ici traversée de courants puissants qui exigent une véritable expertise dans la navigation. L’abondance des récifs qui entourent l’île, l’aspect redoutables de ces falaises aux criques déchiquetées qui sont très présentes sur la majorité du périmètre de l’île a découragé toute entreprise d’exploration ou de relevés précis et systématiques. Il n’existe pas de carte fiable du littoral de cette terre, il semble d’ailleurs que l’établissement d’un tel document était découragé par les autorités de l’île, peut-être même était-il interdit. On a pu repérer toutefois quelques rivages plus abordables mais ils sont très éloignés, à l’exception d’un seul, de toute agglomération importante. Le climat semble y être doux avec des saisons plus ou moins humides. Les vents y jouent un grand rôle. Les paysages sont verdoyants le plus souvent mais le relief y est essentiellement montagneux, escarpé. Les forêts sont très présentes dans le paysage, elles sont composées de nombreuses essences. Le cèdre est plus particulièrement présent dans le sud de l’île. Partout on rencontre une flore très variée. L’évocation de celle-ci est très fréquente dans les récits du cycle des « Rêve sans fin ». Il semble que la population soit installée dans des petites bourgades implantées près des cours d’eau. Plusieurs ont des débouchés vers la mer par des estuaires étroits.

Histoire.

La chronique évoque à plusieurs reprises des temps anciens auxquels faisaient référence les habitants et certains édits. Mais il n’est jamais questions de dates précises ou identifiables. Le temps semble souvent organisé à partir de cycles lunaires ou astronomiques. Il est souvent fait référence à des « Colloques des lunes », sans que l’on sache s’il s’agit d’événements astronomiques liés à l’observation d’astres ou de constellations appelées « lunes » ou s’il s’agit de pratiques rituelles fondées sur les dispositions des astres telles qu’on a pu les observer en différents moments de l’année. Divers événements remarquables ou des périodes repères sont évoqués. Il est par exemple question de relations avec d’autres peuples ou Etats, de fêtes rituelles, de début ou de fin de magistratures, ou encore d’événements difficiles à catégoriser. La chronique établie par Najdane Edilito décrit quelques unes des caractéristiques de la vie en société aux Antélizes. Par commodité on les a regroupées par centres d’intérêts, ils ne sont pas organisés de cette façon dans le manuscrit du vieil homme, lequel semble plutôt avoir noté toutes ces informations au fil du récit de ses visiteurs.

Le gouvernement.

L’archipel est dirigé par un conseil dit « Grand Conseil », constitué de cinq femmes et quatre hommes pour un cycle de trois ans puis de cinq hommes et quatre femmes pour le cycle suivant. Ses membres portent le titre de « Grands serviteurs » ou parfois « Grands Conseillers du Service ». L’un des membres est élu président du Grand Conseil pour l’année, la fonction revient alternativement à une femme puis à un homme. Ces personnes sont élues par la population parmi les membres d’une assemblée constituée de quatre-vingt seize personnes dont la moitié des membres à été tirée au sort et les autres élus par les communautés villageoises ou des cités par le biais d’un suffrage local. Cette assemblée porte le nom de « Grande Délibération ». Les membres de cette assemblée tirés au sort n’ont pas le droit de refuser cette tâche, ils sont issus de trois collèges différents constitués sur la base de l’ensemble de la population recensée, celui des enfants (de 10 à 20 ans), celui des accomplis (de 20 à 50 ans) et celui des anciens (au-delà de 50 ans). Chacun de ces collèges est lui même divisé entre les hommes et les femmes, chacun des 6 groupes ainsi constitué envoie 8 représentants désignés par le tirage au sort. Ce principe de constitution d’un assemblée est appelé le principe de « l’œil multiple ». Chaque communauté locale (village ou cité) fonctionne selon le même principe : un « Conseil », et une « Délibération » issus pour une part de l’élection et d’autre part un tirage au sort. Les membres des « Conseils » ou « Délibération »sont élus pour 3 ans, ils ne peuvent assurer plus de deux mandats consécutifs. Mœurs et coutumes.

La propriété.

La propriété n’existe pas vraiment du moins n’est-elle que temporaire et provisoire. Les habitants de l’archipel acquièrent des objets par leur activité mais les biens durables ne sont pas considérés comme réservés à l’usage de leur propriétaire. La réussite matérielle provient de la quantité d’objets qu’un individu parvient à faire partager à son entourage, en particulier familial mais pas seulement. L’héritage de biens importants comme des terrains ou des bâtiments, des équipements techniques n’existe pas. Quand une personne se fait construire une maison, il en aura l’usage de son vivant mais il sait qu’il ne la transmettra pas à sa descendance, c’est la communauté villageoise qui en gèrera l’attribution en fonction des besoins de la population. Il faut dire que le Conseil et la Délibération de chaque communauté villageoise a la charge de veiller à la satisfaction des besoins de chacun en matière de logement, de nourriture et d’éducation. Il revient aux individus de choisir leurs activités et de jouir des profits qu’ils en tirent mais la contribution à l’équilibre de la vie commune est considéré comme une priorité.

La famille.

La famille a une forme assez particulière, le centre en est la femme. L’institution du mariage n’existe pas. Hommes et femmes vivent en couple mais leur relation n’est pas l’objet d’un contrat. Ces couples peuvent se former et se séparer à leur gré sans en rendre compte à la société. C’est l’éducation des enfants qui est l’objet d’engagements forts entre les parents. Toutefois il est courant, voire normal qu’une femme ait des enfants de pères différents, elle est le pivot et le ciment de la famille. Toute défaillance parentale, de quelque nature que ce soit entraîne l’intervention de la communauté qui veille à ramener l’homme ou la femme au respect de ses devoirs.

L’éducation.

L’éducation fait l’objet de normes strictes. Tout enfant doit étudier la langue et les coutumes de l’archipel tout en apprenant un métier auprès d’une des corporations. La formation, qui s’achève vers l’âge de 20 ans, est organisée en périodes alternant l’étude intellectuelle, des pratiques artistiques (qui incluent des pratiques corporelles) et des études professionnelles. La vie matérielle des enfants est largement prise en charge par la communauté, aucun ne peut être délaissé. Les pratiques artistiques, obligatoires pour chacun, sont importantes dans la vie de l’île. Elles débouchent, pour une part, sur la perpétuation de la « Pratique du grand Rêve ». Cette activité aux fortes dimensions spirituelles fait partie du cœur de la civilisation de l’archipel. Tout habitant doit y consacrer un temps pendant l’année, cela peut aller de quelques minutes par jour à plusieurs semaines par an. Des moments forts en commun ponctuent d’ailleurs l’année et sont l’objet de fêtes remarquables. L’art de la parole est particulièrement travaillé, on vise à ce que chacun soit capable de s’exprimer, de participer à une session de délibération, d’apporter le conseil et de savoir entendre les propos de l’autre. Cet apprentissage est d’ailleurs complété par celui des pratiques de « l’art du silence ».

Les lois et la justice

. La justice est rendue par des collèges de six magistrats choisis parmi les membres de la « Délibération » de chaque communauté villageoise ou citadine. Leurs jugements font l’objet de décrets, ils font partie des rares écrits. En effet, il n’existe pas de lois écrites mais des traditions orales, des lois coutumières. Réflexions et délibérations sont publiques. Tout membre ou ancien membre d’une assemblée a le droit de s’y exprimer afin d’éclairer tel ou tel aspect de l’affaire, de se référer à telle tradition ou affaire déjà jugée dans tel ou tel sens à sa connaissance. La mémoire joue un très grand rôle. Il est convenu que chaque personne doit s’efforcer tout au long de sa vie de participer à l’effort de conservation de l’expérience collective. Il est aussi convenu que l’oubli peut être salutaire et que l’innovation peut être nécessaire. Les châtiments physiques ne sont pas pratiqués. Les peines sont constituées de différentes sortes de privation de biens et de formes contraignantes de mise à l’écart ou d’exil temporaire. La tradition et les lois coutumières sont conservées par un aréopage d’anciens membres du « Grand Conseil » qui se réunit quatre fois par an lors d’une session dite de transmission. Lors de ces sessions, l’aréopage initie de nouveaux membres qui prendront progressivement le relais des plus anciens. Les membres du « Conseil de la tradition » sont, entre-autres, chargés d’inventer et de fixer des récits à valeur emblématique afin de favoriser la mémorisation et la diffusion des grands principes des lois coutumières.

« La Pratique du Rêve sans fin ».

La « pratique du Rêve sans fin » consiste en la production de récits oniriques dont chacun a la charge : « les onigrammes ». Ces récits sont partagés à différents moments de la vie familiale ou de la communauté ou lors de rassemblements plus importants encore. Ces « onigrammes » empruntent les voies diverses de l’oralité (la parole, le chant) ou d’autres formes comme des chorégraphies, des images peintes, dessinées ou gravées sur n’importe quel support, des sculptures ou des objets visuels issus d’arrangements particuliers. Chaque année, au solstice d’été, toutes les communautés envoient des délégations porteuses d’onigrammes à un rassemblement se déroulant au pied de la montagne appelée la « Haute Dame des Songes ». Pendant sept jours, les délégations présentent à la montagne leurs offrandes afin qu’elle les accepte comme contribution à la perpétuation du Rêve sans fin qui assure la survie de l’archipel. Les chants et les récits commencent et terminent chaque journée, la présentation des productions visuelles est entrecoupée de moments de musique et de danse selon un rite très précis et complexe qui entraîne des associations et enchaînements de formes, de couleurs, de volumes, de mouvements. La nuit est consacrée à la pratique rituelle du « Silence Propitiatoire » assurée par des initiés aguerris. Au cours de ces journées, les rêves doivent progresser vers le sommet de la montagne poussés par les vertus esthétiques des onigrammes déposés à sa base. Le jour ultime est consacré à l’écoute des ruisseaux qui s’écoulent depuis le sommet. La qualité et les caractéristiques de ces bruits ont valeur de discours, ils sont la réponse de la montagne, ils portent le nom d’« Oracles des galets». Les délégations devront les rapporter à leur communauté qui devra impérativement en tenir compte dans l’élaboration des onigrammes de l’année suivante. Ces discours peuvent aussi bien prendre la forme de récits que d’injonctions, ils sont interprétés par le « Conseil des Murmures » composés de membres issus des communautés selon le principe toujours répété « l’œil multiple ».

Les colloques des lunes, les oracles du temps.

La chronique évoque des périodes portant le nom de « Colloques des Lunes ». Il semble être question de moments consacrés à une réflexion collective sur différents sujets qui peuvent aussi bien être un commentaire de certains événements liés à des phénomènes naturels ( vents, tempêtes, présence d’insectes ou comportements remarquables d’animaux, de plantes...) que l’interprétation des « Oracles des galets», l’organisation de la « pratique du Rêve sans fin »ou bien encore de questions concernant la vie quotidienne. Les moments de ces colloques aussi bien que les lieux de leur tenue et leur durée dépend de certaines dispositions des astres. Le contenu des débats fait l’objet de comptes-rendus qui prennent la forme de chants, d’images peintes ou gravées et de chorégraphies, les véritables écrits sont rares. Chacun de ces colloques est divisé en palabres suivant un rituel très strict.

La place de l’écriture.

L’écriture est connue de toute la population, les enfants y sont initiés mais elle est surtout cantonnée dans un rôle plutôt pratique dans l’exercice des métiers, la tenue de registres, d’indications servant à organiser. Elle n’est pas vraiment utilisée comme art littéraire, elle n’a, par exemple, que peu de place dans les pratiques du « Rêve sans fin ». L’écriture n’est pas un instrument privilégié dans la fixation du souvenir des délibérations importantes lesquelles sont confiées à l’oralité et à la mémoire. Les traces de la « Pratique du Rêve sans fin » destinées à être conservées sont confiées à un système complexe de figures et de différentes formes d’images. Ces traces sont extrêmement dispersées sur le territoire et l’une de leurs qualités est leur caractère éphémère. Elles existent essentiellement pour accomplir et illustrer un lent processus de retour à la terre, elles sont l’évocation et l’accomplissement d’un cycle premier. Les rares exemples décrits dans le manuscrit restent indéchiffrables pour nous.

Le Palais des signes.

Le Palais des Signes est un mot qui évoque à la fois un lieu et un ensemble de connaissances sur l’art du langage. Le lieu est un très vaste bâtiment, certains chants lui donnent une forme labyrinthique, d’autres évoquent plutôt un enchevêtrement des formes géométriques disposées dans un immense espace naturel aux formes elles mêmes très étudiées. Il est possible d’y accéder pour tout Antélizien mais seulement à l’issue d’une initiation constituée de plusieurs étapes qui s’étagent tout au long de la vie. La population n’accède au Palais des Signes qu’à des moments fixés au cours des Colloques des Lunes qui établissent une sorte de rotation dans l’accès à ce lieu. La venue en ce lieu peut être liée à des fins de formation dans l’art du discours et de la mémorisation, à des périodes de retrait dans une phase d’élaboration d’onigrammes ou dans la préparation de grandes délibérations. Certains « Grands Initiés » appelés aussi « Diseurs de la Haute dame » y assurent un enseignement et organisent la conservation des « Empreintes des Nuages », nom souvent donné aux traces matérielles des onigrammes. Le nom des « Palais des signes » désigne également tout un ensemble de connaissances, en particulier une énumération de types de discours qui sont étudiés et appris tout au long de la vie des Antéliziens. Mais il désigne aussi des formes graphiques, musicales ou chorégraphiques qui sont utilisées dans les pratiques du « Rêve sans fin ».

Les initiations.

Les pratiques initiatiques sont nombreuses et varient selon les endroits de l’Archipel. Elles visent à former aux pratiques du « Rêve sans fin » et aux responsabilités de la participation aux assemblées délibératives. Elles suivent les différents âges de la vie. Elles visent à permettre de se dépouiller et de se construire. L’apprentissage est long, complexe et progressif. Différentes phases ou états sont expérimentés par l’apprenti, états qui sont souvent conçus comme différentes situations possibles de la vie. Il peut être celui qui souffre ou celui qui nuit ou persécute, celui qui est dans le besoin d’une aide ou celui qui est en mesure d’aider, celui qui trouve ou celui qui hésite ; il doit aussi, par exemple, apprendre à expliquer, à porter la contradiction, à bâtir un jugement, à consoler et à morigéner, à conseiller et à écouter, à édulcorer, à clarifier. Les combinaisons peuvent être très nombreuses et certaines sont privilégiées à d’autres selon les rites pratiqués localement. De même l’apprenti est mis en situation d’éprouver toutes les formes de signes et de langages qu’il pourra utiliser dans sa participation aux pratiques du « Rêve sans fin ». Au cours de cette initiation, l’apprenti doit acquérir une quantité importante de la mémoire de l’Archipel, il doit en devenir dépositaire et être capable de la transmettre à son tour. A certaine période de sa vie il pourra accéder au « Palais des signes », moment d’aboutissement d’une phase d’initiation ou moment d’accession à une phase ultérieure de cette initiation.

Pour finir et pour ne pas finir.

Le manuscrit de Najdane El’Oidti évoque encore de nombreux aspects de la vie sur l’archipel des Antélizes. Ces derniers cahiers semblent même contenir ce que l’on pourrait tenir pour des récits ou, en tout cas, fragments de récits de différents événements survenus sur l’Archipel. Mais ces textes sont plus fragmentés et ces cahiers sont dans un état de conservation très médiocre, leur exploitation est très difficile. Le présent article est issu de témoignages de personnes aujourd’hui disparues qui ont eu l’occasion de lire et d’étudier ces cahiers qui, conservés un temps dans la bibliothèque de la veuve d’un riche négociant établi à Mogador, ont disparu de tout accès au public à l’issue de la colonisation du Maroc. On ignore tout du destin ultérieur de ces écrits. Sont-ils détruits, perdus, existent-ils encore, où peuvent-ils se trouver ? Nul ne le sait. La mémoire de leur existence et de leur contenu est confiée à l’oralité. Ce modeste compte-rendu en est la seule trace écrite. Cela n'exclue pas toutefois que l'hypothèse de leur conservation en un lieu inconnu de même que l'on ne peut écarter radicalement l'idée qu'une ou l'autre personne y ait accès et en poursuive l'interprétation.

Il ne serait pas étonnant alors que cette chronique connaisse encore quelque développement.

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