El Din't Oad

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El Din’t Oad.    1860 ( ?) Niger – Le Cap Blanc.1912

 

        Né vraisemblablement dans les environs de l’oasis d’Arouane, dans la région du Merïa Azouad, sa famille nomadisait depuis la boucle du Niger jusqu’au haut-Atlas. La région est soumise, à l’époque, à l’important effort de colonisation de la France sous la direction du général Faidherbe. C’est au cours de cette période troublée que son père et ses frères meurent ou disparaissent. Elevé principalement par son grand-père, chef de tribu, doué d’un immense talent de caravanier, ses navigations très sûres et vertigineusement astucieuses faisaient l’admiration de tous ceux qui étaient  chargés de la pacification de la région comme l’attestent de nombreux rapports militaires. Vers l’âge de dix neuf ans, EL D’in’t Oad devient le chef de sa tribu. Riche du fabuleux enseignement de son grand-père et de l’implacable résolution des hommes du désert, il devient rapidement une des principales figures de la fédération Touareg et un cauchemar pour l’armée de Faidherbe. Les razzias d’El Din’t Oad sur les forts et les positions françaises sont redoutées pour leur rapidité et leur audace. Sa tête est mise à prix. Des transcriptions de rapports d’indicateurs le signalent nomadisant imperturbablement en de nombreux secteurs de l’axe nord-sud Niger-Atlas, on l’aurait vu et recherché dans Marrakech même en 1890 et 1892. En 1894, il est signalé harcelant avec ses cavaliers les troupes françaises qui assiègent littéralement Tombouctou.

 

La légende commence à se tisser autour de ce guerrier insoumis. En 1902, la lutte pour la colonisation s’intensifie encore sous la direction de Coppolani. Les accrochages sont de plus en plus nombreux et l’étau se resserre sur les rebelles. En 1903,  EL D’in’t Oad est pris dans son campement un matin de mars, au terme d’une traque de neuf semaines l’ayant coupé de tout ravitaillement régulier. Le haut commandement français avait donné l’ordre de le capturer vivant. Pas sa famille. On l’oblige à assister au massacre de sa femme, de ses deux fils et de ses quatre filles.

Il sera désormais en captivité sur le bateau pénitencier « Octuador » ancré au large du Cap Blanc. Bien que l’existence de ce pénitencier naval n’ait jamais été admise par les autorités françaises, tant à l’époque que par la suite, les mémoires du lieutenant  Gabriel de Saint-Avril, (mis temporairement aux arrêts  par le conseil de guerre, puis blanchi de toute accusation,  au grief de sympathie envers l’ennemi)  aurait été, selon ses récits, lui même détenu sur ce bâtiment. Les archives du ministère de la marine (disparues en 1943) attestaient la présence en Atlantique vers 1900, sans rien préciser de sa mission. Le navire, marchand au demeurant, appartenait à une compagnie marseillaise vivant surtout de contrats de transport pour le compte du gouvernement français.

 

Gabriel de Saint-Avril, dans ses écrits, évoque précisément l’arrivée du prisonnier touareg sur le « navire pénitencier » Octuador. Les yeux bandés, à peine vêtu, il fut enchaîné à l’écart sur le pont supérieur et laissé sans nourriture pendant une dizaine de jours. Ce traitement ne semblait d’ailleurs pas exceptionnel pour les nouveaux arrivant en ce lieu. De Saint-Avril réussit à le ravitailler régulièrement de cette eau douteuse dont on disposait à bord. Il parvint enfin à entrer en contact avec le détenu qui ne devait par la suite ne jamais être libéré de ses chaînes et subit un traitement particulièrement ignoble et humiliant de la part de ses geôliers. Les tortures et les sévices s’espacèrent finalement. Au cours de ses conversations Gabriel de Saint-Avril put identifier El Din’t Oad et recueillit son histoire auprès de quelques codétenus. Le chef rebelle tomba  dans un mutisme complet durant plusieurs mois. Cependant, Saint-Avril, qui parlait le Tifinagh, parvint à établir un contact verbal direct avec lui par le biais du chant en  cette langue. Une étonnante relation s’établit entre eux pendant quelques semaines au cours desquelles, selon les dires du jeune officier aux arrêts, El Din’t Oad aurait « composé » plusieurs chants. Saint-Avril s’est efforcé d’en fixer la mémoire et d’en donner une traduction dans ses propres carnets personnels. Il attribue même des titres à ces compositions : « Eau de pierre » , « L’étoile noire », « La femme soleil », textes dont la pleine sérénité ne peut qu’étonner.

 

Evacué depuis six mois par les détenus européens qui s’y trouvaient encore : deux français et cinq espagnols, l’Octuador fut canonné le 4 septembre 1912 par un bâtiment français. Aucun ravitaillement n’avait plus été effectué à bord depuis la fin juillet, moment de l’évacuation complète des personnels de surveillance et d’équipage au nombre fort réduit d’ailleurs, laissant derrière eux probablement une quinzaine de détenus très affaiblis. Le navire pénitencier sombra en quelques minutes au large de Port-Etienne.

 

 

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