Diane Oldti

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  Diane Oldti .

 Cschimindszent 1899 - Buenos Aires 1955.

 

        Enfant "déposée", Diane est élevée dans une institution religieuse de Budapest jusqu'à l'âge de 8 ans. Elle alors confiée à Victor et Vanessa Oldti qui travaillent dans un cirque forain où Victor est palefrenier. La petite Diane semble très heureuse de cette nouvelle vie, ses parents adoptifs la choient, elle mène la vie des enfants de la roulotte.

Elle montre des dispositions pour les exercices  corporels. Avec le clown du cirque, Istvan Palffy, elle apprend toutes sortes de pantomimes ainsi que l'harmonica et l'accordéon. Elle est bientôt introduite dans un court numéro burlesque dans lequel l'extraordinaire agilité de l'enfant joue un rôle important.

 

         Diane grandit, à l'adolescence elle se sent attirée par les exercices liés à l'équilibre. A quatorze ans, elle tombe amoureuse du jeune trapéziste Gyula Forgach qui veut l'épouser. Victor et Vanessa, opposés à ce mariage, ne parviennent pas à empêcher Diane de s'enfuir avec son amoureux. L'idylle ne dure que quelques mois et Diane revient auprès de ses parents qui l'accueillent à bras ouverts. Elle veut être trapéziste, son talent est évident. Alors que la guerre s'abat sur l'Europe, les temps deviennent difficiles, le cirque est démantelé. Les Oldti emmènent Diane avec eux en Grèce puis à Malte et enfin au Caire d'où ils gagnent Marseille en 1918.

La jeun fille, au fort caractère, n'a, semble-t-il, pas souffert de ces années. D'une beauté rare et troublante, talentueuse, plutôt rêveuse bien que fort décidée, elle met au point des numéros de contorsionniste qu'elle présente dans des cabarets, subvenant ainsi, pour l'essentiel, aux besoins de la famille. Ses aventures amoureuses sont aussi nombreuses qu'éphémères et parfois rocambolesques. Les prétendants sont fort  séduisants et l'irrésitible Diane n'aime pas choisir ni se priver. Aussi, lorsque le "fiancé" du moment est lanceur de couteaux, comme à Malte, l'amant et la jeune fille (Diane n'a pas tout à fait seize ans !) ne doivent qu'à leur agilité, somme toute professionnelle, de trouver leur salut. Les soucis de Victor et Vanessa sont surtout d'ordre parental durant ces années de guerre.

 

Peu après leur arrivée en France, ils trouvent tous trois à s'engager dans divers emplois. Diane se produit bientôt dans plusieurs établissements de Marseille et de Toulon. Et ce n'est qu'en 1921 qu'elle retrouve le chemin de la piste dans le cirque de la famille Casabierta. Le maître écuyer Diego de la Molina, de dix ans son aîné, avait d'abord été très sensible au charme de la jeune femme qu'il  avait remarquée sur la scène d'un établissement populaire de Marseille. Ce coup de foudre ne l'empêche pas d'évaluer sûrement les qualités excepionnelles de Diane. Il favorise son embauche et la jeune artiste se jette avec force et passion dans le travail.

Le succès ne tarde pas, dès l'hiver 1923, Diane est une des vedettes du spectacle. C'est à cette époque que Diane et Diego se marient.  Les époux inventent un numéro qui allie le dressage et la voltige. c'est pour eux une période de vie exhaltante, ils travaillent beaucoup, le succès ne les quitte pas, ils dépensent des fortunes en fêtes et chevaux. C'est "les années folles", leur couple connaît des hauts et des bas, tous deux cédant volontiers à une certaine frivolité. Puis, encore une fois,  le coeur de  Diane chavire ne résistant pas aux beaux yeux du clown Emiliano Satellini. Alors même qu'elle est enceinte, elle met fin à son premier mariage en juin 1925 et donne naissance à un garçon le 11 décembre  de la même année à Nice. Mais elle reprend rapidement ses activités, son fils Manuel, l'accompagne partout dans les tournées du cirque. Diego de la Molina, au noble caractère,  est un père généreux, il reste un ami intime de Diane dont il veille à la carrière, dressant des chevaux en fonction  des numéros de l'écuyère, de la femme dont il reste profondément amoureux.

 

Diane quitte le cirque Casabierta pour se produire sur différentes pistes d'Europe de 1928 à 1934, c'est sa période de pleine gloire. Manuel grandit près d'elle, témoin silencieux mais attentif de la vie tout aussi passionnée qu'agitée de sa mère. Il prend goût à l'équitation. Une mauvaise chute tient Diane à l'écart de la piste pratiquemment toute l'année 1934. Elle voyage un peu, retourne en Hongrie au lendemain de la mort de Victor son père adoptif. Diane et sa mère Vanessa trouvent un pays qui leur est devenu étranger, elles ne s'attardent pas. Les deux femmes rentrent en France par Trieste, Venise, Turin, San Remo, et Nice. Alors qu'en janvier 1935 Diane commence à reprendre ses activités, sa mère adoptive , vanessa Oldti, meurt à son tour dans la grande maison de Meudon récemment acquise. L'ancien époux et ami fidèle, Diego de la Molina invite Diane à passer quelques temps sur ses terres près de Saragosse où il dirige, en grand seigneur, un haras réputé ainsi qu'une académie de haute école.  Diane et Manuel s'installent. Après quelques contrats en Espagne et dans le sud de la France, Diane est appelée au Mexique où elle se rend en décembre, laissant pour la première fois son fils derrière elle.

 

La guerre civile éclate en Espagne alors qu'elle est encore en Amérique . Commence une année d'inquiétude. Les affaires de Diego sont menacées, celui-ci, ayant d'abord tenté de sauver ses biens et ne sachant prendre un parti clair, finit par quitter l'Espagne, emmenant son fils. Il émigre en Argentine dès mars 1937. Diane vit à cette époque une liaison romantique ( ce sont les termes de sa correspondance) avec le chanteur d'opéra brésilien José Antonio da Silva Ramos. Alors que Diego tente, avec grande difficulté de remonter un haras près de Bahia Blanca, Diane lui vient en aide grâce à sa fortune qu'elle imagine un peu hâtivement inépuisable.

 

En 1939, il n'est pourtant plus question de voltige. La vie fastueuse de José Antonio et de Diane est menacée par ses excès mêmes, Diane entretient d'ailleurs une autre liaison avec un danseur philippin qui a presque  vingt ans de moins qu'elle et n'entend pas se priver de paillettes. L'instabilité politique autant qu'économique de l'Argentine et du Brésil qui vivent des années de crise, la vie de moins en moins cohérente de Diane viennent à bout des ressources de l'artiste qui n'est plus qu'une étoile palie. Ses hommes sont peut-être plus fidèles à leur souvenir d'une reine ailée qu'à une Diane qui accuse à ce moment les effets de tant d'agitation, de champagne et sans doute, depuis peu, de cocaïne, mais aucun ne l'abandonne. Et surtout pas son fils Manuel, sous-officier, à l'académie militaire de Bueno-Aires. Le jeune cadet est noble, plein de rectitude, fort du spectacle des revers du destin, il aime passionément la vie et sa mère. Il l'aide, grâce à Diego son père,  à ouvrir en 1943 un établissement public à Buenos-Aires. Grand café où l'on donne des spectacles de cabaret appréciés par les jeunes cadres de l'armée et par toutes sortes d'hommes à la main ferme, à la réussite parfois rapide et souvent éphémère.

Alors que Manuel brille auprès de son colonel Juan Peron, Diane se serre dans les bras d'un aviateur, Sandro Tozzi qui l'invite à de nouveaux vertiges. Elle renaît. Elle apprend à piloter. En 1945, Manuel est aspiré par l'ascencion de son chef. Le "clan" de Diane a retrouvé une réelle prospérité. Elle est devenue une des figures respectées des nuits de Buenos-Aires et du milieu fermé des fous de l'acrobatie aérienne, elle participe même à un meetting Bahia Blanca.

 

En Europe, une deuxième guerre s'achève, et de cette paix surgit pour elle la surprise. Une émigration assez particulière se produit en effet  à cette époque vers l'Amérique du sud. Les cabarets sont des lieux où l'on parle dans l'ombre, d'autant mieux qu'on a bu un peu. Manuel est un proche du président Peron pour qui il effectue diverses tâches d'investiagation et de conatcts.

Un homme, pour la circonstances nommé "Carlos Blanco" par Diane, lui déclare, un soir de décembre 1948, en savoir plus qu'elle sur sa propre vie. Troublée et inquiète, Diane demande à son fils de faire surveiller l'étonnant confident. Son origine germanique est facile à mettre à jour, on l'identifie d'ailleurs avec certitude comme un des hauts responsables de l'Abwerh en Hongrie en 42-43. "Carlos Blanco" ne peut vendre comme il l'espèrait ses révélations. L'expérience et la fermeté de Manuel assisté d'un de ses adjoints obligent l'ancien espion allemand à livrer ses renseignements à Diane une nuit de février 1949. "Carlos" avait eu à s'intéresser de près aux activités des hommes influents de Hongrie, à fouiller dans leur passé, le plus intime possible. Diane avait un père. Il s'appelait Sigismond Béthlen, il avait été archevêque d'Eztergorn, primat de Hongrie en 1899. L'existence de Diane avait, en fait, rendu bien des services à "Carlos" et à ses amis, facilitant les relations entre une partie du haut-clergé hongrois et l'occupant nazi. Diane avait, en quelque sorte, fait la guerre !

Diane, peut-être du fait de sa grande expérience des équilibres acrobatiques, n'est pas particulièrement bouleversée par ces révélations. Cette nuit d'été austral se termine au champagne, naturellement.

 

 

Les nombreuses notes d'entretiens qu'eut Alban Marquez, journaliste à "La Chronica" avec Diane Oldti sont aujourdh'ui détruites, mais son long article consacré à Diane après sa mort, survenue lors d'un acccident de voltige aérienne en octobre 1955, retraçant avec tendresse et admiration la vie d'une reine de la nuit argentine n'ont jamais été démentis. Il est vrai qu'en 1955, l'Argentine s'intéressait plus à la chute de son président qu'à la disparition soudaine d'une émigrée hongroise.

 

Publié dans encyclopédie-je

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